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12e Festival International du film Asiatique de Vesoul
(31 Janvier-07 Février, 2006) compte rendu par critique de cinéma Lalit Rao

Depuis sa création, le Festival International du Cinéma Asiatique de Vesoul joue le rôle important de découvreur des cinématographies de tout le continent asiatique, du proche à l’extrême orient. A travers sa programmation méticuleuse conçue par des passionnés du cinéma asiatique, le festival de Vesoul offre la possibilité de découvrir voire redécouvrir des cinématographies asiatiques à la fois poétique et violente. Pour sa 12ème édition, l’équipe du festival, sous la direction Martine Thérouanne et Jean Marc Thérouanne, a élaboré un programme somptueux qui comprenait des œuvres majeures du cinéma asiatique, d’un hommage à Hou Hsiao Hsien et de la sélection « regards de femmes, regard sur le cinéma ouzbek ».

Pour la soirée d’ouverture, le public festivalier a assisté à la projection en première française d’un film coréen "Neige d’Avril" (April Snow) de Hur Jin Ho. Histoire d’amour éblouissante, ce film tendre raconte les conflits émotionnels de deux individus trahis, In-su et Seo-young, dont les époux respectifs étaient impliqués dans un accident de voiture. Ces deux victimes du calvaire se vengent de leurs époux infidèles en tombant amoureux l’un de l’autre. Le cinéaste coréen Hur Jin Ho a débuté en tant qu’assistant à la réalisation travaillant sur les films de Park Kwang Su notamment "To the starry island et "A single spark". L’univers de ses films, Christmas in August et One fine spring day, évoque un style à la Ozu, reflets saisissants de la simplicité et de l’exactitude du traitement des rapports amoureux. Les personnages principaux des films en compétition incarnaient la volonté humaine de faire face à des difficultés en dépit des obstacles insoutenables. Le cinéaste turc Erden Kiral s’est inspiré d’un voyage qu’il avait effectué avec le maître du cinéma turc, Yilmaz Guney, pour son film "Yolda", qui évoque l’époque difficile où son pays était gouverné par les militaires. La force du héros se trouve dans sa survie contre le système militaire. Récit de la fuite de prison de Yilmaz Guney et histoire d’un peuple moralement oppressé, Yolda oscille entre la liberté et la captivité. Dans le film Erkak (Le Gardien) le cinéaste ouzbek Yusuf Razykov met en scène la métamorphose psychologique de son jeune héros Djamhid. Après le départ de son frère à l’étranger, il se voit contraint de s’occuper de sa belle-sœur. La vie devient difficile pour lui à la suite de l’absence inexpliquée de la jeune femme. La disparition de la femme mariée est un élément secondaire du film, Yusuf Razykov souligne d’autres soucis préoccupants tel la fuite des villageois ouzbeks à l’étranger en quête du travail. Ce conte lyrique dépasse la réalité de l’Ouzbékistan à travers des valeurs universelles. C’est la preuve qu’une bonne histoire est la seule clé majeure nécessaire pour la réussite d’un film. C’était précisément le cas du film "Full or empty" du cinéaste iranien Abolfazl Jalili. Le film, tourné en format numérique raconte les aventures rocambolesques d’un jeune instituteur Navid Raisi qui, tout en cherchant un poste de professeur en littérature persane, tombe amoureux d’une jeune fille. Malgré ses difficultés de production, le film Full or empty témoigne de la société iranienne contemporaine, à mi-chemin entre documentaire et fiction. Bien que le film donne l’apparence d’une simple histoire d’amour, le vrai message de celui-ci reste dans la manifestation de tous les maux universels tels l’ignorance, la guerre, la condition des femmes, le chômage.

Les films de la grande dame du cinéma Iranien Rakhshan Bani Etemad sont dotés d’une forte conscience sociopolitique. Son nouveau film "Gilaneh" dénonce durement les horreurs des guerres connues par son pays. Le film évoque à la fois deux guerres totalement différentes : la guerre de l’Iran contre l’Iraq et la guerre des Etats-Unis contre l’Iraq. C’est Gilaneh, une villageoise veuve qui est soumise à la tragédie de ces guerres. Son fils rentre grièvement blessé lors de la guerre contre l’Iraq. Dans le même temps, Gilaneh se rend à Téhéran avec sa fille à la recherche de son beau-fils déserteur. Gilaneh dépeint les êtres humains dont les vies ont été dénaturées par les séquelles des guerres.

Le meilleur film de cette section était sans doute un film chinois ayant un titre atypique "Grain in ear" réalisé par Zhang Lu. Le deuxième film de ce romancier talentueux jette un regard poignant sur les tribulations de la communauté minoritaire coréenne en Chine. Le film décrit les déboires de Cui Shun-ji, une mère célibataire d’origine coréenne dans une petite ville chinoise du nord. Elle gagne sa vie en vendant du kimchi, sur son tricyle. Cui Shun-ji vit quelques moments heureux avant de se venger suite aux trahisons des hommes ayant traversé de sa vie. Grain in ear est certainement une honnête représentation des problèmes des communautés minoritaires. Il est fort possible que l’authenticité de son scénario résulte de l’appartenance de Zhang Lu à la communauté coréenne en chine.

Le Festival International du Film Asiatique de Vesoul propose une programmation d’une grande précision avec une thématique différente chaque année. Pour 2006, la section « regards de femmes » a offert une occasion précieuse de faire la découverte de quelques films marquants. Tous les spectateurs étaient fortement impressionnés par les images mélancoliques réalisées par les meilleures femmes cinéastes asiatiques. Dans "Waiting for the clouds", la grecque Ayeshe, qui a dissimulé sa véritable identité, part à la recherche de son frère disparu. Ce film turc de Yesim Ustaoglu traite avec un intérêt considérable la question des identités au sein d’une société multiculturelle. Le film libanais Dans les champs de bataille de Danielle Arbid évoque les premières expériences amoureuses de deux jeunes filles en 1983, lors d’une guerre civile à Beirut. Les deux filles font face à deux guerres tout à fait différentes : l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur.La perte des sentiments humains est magistralement décrite par la réalisatrice japonaise Naomi Kawase dont le film Suzaku décrit la douloureuse vie des villageois japonais à Nara, où une famille se désintègre suite au délaissement d’un projet de chemin de fer. Dans son film Xiu Xiu, l’actrice chinoise Joan Chen montre une période scandaleuse dans l’histoire de la Chine. L’histoire se déroule en 1975 à une époque où des millions de jeunes intellectuels sont envoyés à la campagne dans le cadre des « mesures de rééducation des masses ». La jeune héroïne Xiu Xiu se rend bientôt compte de la vacuité de la chine de Mao. Le gouvernement chinois a interdit la projection de ce film vu son contenu politique. La réalisatrice chinoise Ning Ying a choisi l’essor immobilier à Pékin comme l’un des principaux thèmes de son nouveau film Un taxi à Pékin. Ce film fait le récit de Dezi, un chauffeur de taxi à Pékin qui gagne bien sa vie. La vie devient un véritable calvaire pour lui lorsque sa femme et sa maîtresse se sentent privées de son affection. Mais le plus beau film de cette section est sans doute le film hongkongais Le chant de l’exil, qui fait la lumière sur le rapprochement d’une fille avec sa mère. La réalisatrice Ann Hui a puisé quelques-unes de ses propres expériences personnelles afin de créer l’histoire d’une jeune fille formée à Londres qui ne s’entend pas bien avec sa mère d’origine japonaise. Le film rayonne moyennant la prestation inoubliable de Maggie Cheung dans le rôle de la jeune fille désemparée.

A la disposition de ses cinéphiles fidèles, la 12ème édition du festival international du film asiatique de Vesoul a également mis une sélection des films ouzbeks. Camarade Boykenzhaev est une comédie désopilante sur un humble serviteur du parti qui remue ciel et terre afin de créer un cimetière international où les défunts de toutes les ethnies vivront en tranquillité absolue. C’est avec ce film que Yusuf Razykov ridiculise l’hypocrisie des politiciens en montrant l’écart entre leurs valeurs et leurs actions quotidiennes. Les deux films d’Elior Ishmukhamedov étaient tout à fait hors du commun. Tendresse (Nezhnost) met en scène un univers idyllique où tout le monde cherche un peu d’amour, y compris un jeune adolescent, Sanjar qui doit faire face à ses premières déceptions amoureuses. La jeunesse d’un génie avait comme thème l’enfant Avicenne et son profond amour pour la connaissance et le savoir. Pour le film Baie amère, la réalisatrice ouzbek Kamara Kamalova a créé un tendre monde des enfants dans une petite ville ouvrière. Quant à Zulfikar Musakov, son film Garçons dans le ciel s’est avéré comme une comédie sociale remettant en question le statut des adolescents ouzbeks.

C’est grâce aux hommages rendus à des génies du cinéma asiatique tels Lee Doo Yong (Vesoul 2005), Ezzatollah Entezami (Vesoul 2005), Chen Kaige ( Vesoul 2003) que le public cinéphile en France a réussi à connaître leurs œuvres mémorables. Cette fois-ci, le festival a rendu hommage au grand maître Taiwanais Hou Hsiao Hsien en présentant ses 10 films. C’était également l’occasion de voir Histoire de Taipei un portrait intime de la capitale Taiwanaise magistralement tourné par Edward Yang, sur lequel Hou Hsiao Hsien a laissé ses empreintes tant comme scénariste que comme acteur. Le film met en évidence une société Taiwanaise en pleine mutation dont les citoyens subissent une crise d’identité.

Le festival s’est clôturé avec la projection d’une autre histoire d’amour, le film indien Mr and Mrs.Ayer d’Aparna Sen. Le film dresse un portrait touchant d’un voyage en bus entrepris par une femme hindoue mariée en compagnie d’un jeune photographe musulman. L’action de ce film se déroule en 2001 en Inde, où les émeutes sectaires ont provoqué des centaines de morts. L’égérie de Satyajit Ray, la réalisatrice Bengalie Aparna Sen, a fait ses premiers pas en tant qu’actrice dans son film Trois filles. Avec Mrs and Mrs.Iyer, elle a créé un film très simple sur un homme et une femme issus de deux communautés religieuses différentes, qui tombent amoureux malgré tout.

Cyclo d’or : « Grain in ear » de Zhang Lu (Chine)

Grand prix du jury international : « Erkak » (le Gardien) de Yusuf Razykov (Ouzbékistan)

Cyclo d’or pour l’ensemble de son œuvre à : Hou Hsiao Hsien

Prix du jury NETPAC (Network for the promotion of Asian Cinéma)« Gilaneh » de Rakhshan Bani Etemad (Iran)

Prix Emile Guimet« Full or empty » d’Abolfazl Jalili (Iran)

Coup de Coeur Guimet : « Nisshabd » de Jahar Kanungo (Inde)

Prix Langues’ O « Full or empty » d’Abolfazl Jalili (Iran)

Prix spécial Langues’ O« Nisshabd » de Jahar Kanungo (Inde)

Prix du public« L’express des steppes » d’Amanzhol Aitouarov (Kazakhstan)

Prix Jury Jeunes« Une étrangère dans sa ville » de Khadija al-Salami (Yemen)

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